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Fragilité électrique : l’impasse RTE

jeudi 8 janvier 2009

Chaque hiver, Réseau Transport d’Electricité (RTE) nous ressert la même histoire, le froid menace la Bretagne, un délestage c’est-à-dire une coupure d’électricité est tout à fait envisageable. Cette affirmation n’est à vrai dire ni fausse, ni vraie. Le système électrique français fonctionne de manière centralisée, avec une fourniture électrique de base à partir des centrales nucléaires et une réponse à la demande en pointe, l’hiver quand les chauffages électriques fonctionnent à plein régime, via des centrales thermiques.

Cette vision productiviste ne peut en aucun cas être cautionnée car elle porte en elle deux réponses absolument inadéquates : le renforcement du réseau, très mal entretenu pendant des années par RTE, et la construction de sites de production d’électricité en pointe à partir d’énergies polluantes à l’instar du projet envisagé à Ploufragan. Ce sont là les réponses classiques des défenseurs du système centralisé, le lobby électronucléaire : il faut augmenter l’offre sans se poser (ou si peu, parce qu’on n’a pas le choix) la question de la maîtrise et de l’efficacité énergétique. Il ne faut jamais oublier que, pour justifier le programme nucléaire, le gaspillage d’électricité est devenu un véritable sport national. Ainsi, en Bretagne, l’électricité est devenue la première énergie de chauffage et la consommation électrique augmente chaque année de près de 4 %.

Or, en se positionnant à partir des besoins des usagers, d’autres solutions émergent. Une première consiste à limiter le recours de l’électricité aux usages spécifiques, c’est-à-dire ne plus brûler de l’énergie pour produire de l’électricité mais utiliser directement cette énergie pour chauffer en remplaçant les radiateurs électriques par des moyens adaptés à la production de chaleur : chaudières à bois, énergie solaire, cogénération…Opter pour des productions décentralisées de chaleur offre de meilleurs rendements : les pertes d’électricité à la production et en ligne sont très limitées, le système est efficace. Produire de l’énergie localement, c’est donc s’affranchir à terme de la dépendance extérieure, éviter les coûteuses extensions de réseaux de distribution et répondre au problème de sécurisation des lignes existantes en période de pointe.

Toutefois, la meilleure source d’économie d’énergie, c’est celle que l’on ne consomme pas. Le patrimoine bâti entre 1945 et 1975 est un gouffre énergétique. Le renouvellement du parc n’étant que de 1 % par an, il est indispensable d’intervenir sur ces bâtiments passoires mal conçus, mal orientés, peu isolés. Un plan de rénovation des bâtiments sur 40 ans est une ambition raisonnable, en s’appuyant sur les critères de la Haute Qualité Environnementale (HQE). Le développement de l’habitat passif est également une priorité : la consommation d’énergie de chauffage est alors inférieure à 15 kWh/m2 ce qui réduit de 85 % la facture énergétique.

Il est donc urgent de ne pas s’enfermer dans la logique productiviste prônée par RTE qui ne vise qu’à pérenniser un système centralisé défaillant. Les Bretons ont un défi à relever : « réinventer » des systèmes énergétiques à la fois plus proches et plus gouvernables, créateurs d’emplois régionaux, industriels et artisanaux, par définition non délocalisables.

Marie-Pierre ROUGER Présidente du groupe des élu-e-s vert-e-s